« Quand je me suis assise à ses côtés, alors qu’elle était allongée, j’ai su que j’avais gagné sa confiance »

J’ai acheté un cheval réformé des courses !

Clarisse, cavalière depuis 17 ans, a eu le coup de foudre pour une jument réformée des course, Stella de Beaune, qu’elle a acheté en 2014. Découvrez leur histoire pas comme les autres. 

CRCV s’est lancé dans une série d’interview avec leur propriétaire afin de vous faire découvrir ce que c’est, réellement, d’acheter un cheval réformé des courses.

Les chevaux réformés ne sont pas des équidés comme les autres. Très tôt entraînés au galop ou au trot attelé, ils intègrent rapidement les codes de la course hippique : Courir vite et bien. Une fois réformés, ces chevaux nécessitent souvent un cavalier expérimenté. Généralement jeunes (entre 2 et 4 ans), ce sont des adolescents qu’il faut bien éduquer, parfois plus âgés (entre 5 et 10 ans), ce sont des adultes qu’il faut reconvertir à l’équitation de sport ou de loisirs. Adopter un réformé, c’est une vraie responsabilité. 

CRCV : Comment vous êtes venu l’idée d’acheter un cheval réformé des courses ?

Clarisse : En tant que cavalière, je connaissais déjà le monde du cheval, et entre autre, le monde des courses. Je voulais cheval réformé car c’est une expérience à vivre et quelque chose qui me tenait à cœur. Trop de chevaux partent dans le mauvais camion car ils ne répondent pas aux exigences des entraîneurs. Les réformés sont des chevaux qui nous apportent beaucoup de choses. On apprend tout autant à leur côté !

CRCV : Pourquoi un cheval réformé et non pas un cheval « lambda » ?

Clarisse : Leur passé, leur comportement, tout ce qui fait d’eux ce qu’ils sont aujourd’hui m’intéressent. Je les trouve passionnant dans tous les domaines. Mon intérêt pour ces chevaux réside également dans le souhait de les sauver, de les aider, car ils ont souvent un passé assez lourd.

CRCV : Aviez-vous déjà établi des critères de sélection ou avez-vous attendu d’avoir le coup de foudre ? ou les deux ?

Clarisse : Pour acheter un cheval réformé, je me suis toujours dis que ce serait le coup de foudre. Je préfère faire passer les sentiments avant les critères.

CRCV : Par quel biais avez-vous cherché votre future monture ? 

Clarisse : Honnêtement, nous avons cherché sur internet. Mes parents, qui sont également des cavaliers aguerrit et moi-même, voulions une écurie assez connue afin d’être rassuré sur leur professionnalisme. C’est ainsi que nous sommes tombés sur ESC.

CRCV : Un jour, vous trouvez le cheval que vous recherchiez, qu’est-ce qui vous a attiré chez lui ?

Clarisse : A vrai dire, j’avais déjà pris rendez-vous pour samedi avec ESC sans avoir un cheval spécifique en tête. Ce n’est que le lendemain de la programmation de cette rencontre, en surfant sur Facebook, que j’ai vu une nouvelle annonce de cette même écurie, il s’agissait de Stella. Et là, ça a été le coup de foudre, j’ai tout de suite envoyé les photos à mes parents en leur disant « C’est elle que je veux », et c’est finalement pour elle que je suis venue.

CRCV : Vous prenez donc RDV. Comment s’est passé cette première rencontre avec votre futur compagnon ?

Clarisse : Ah ! Ça ne s’est absolument pas passé comme je le rêvais ! Quand je suis arrivée et que les cavaliers ont sorti Stella de son box, elle avait la peau sur les os. En fait, je n’ai juste pas pu reconnaître la jument que j’avais vu en photo. Seule la tête était la même. Le cavalier de l’écurie nous a expliqué qu’elle est arrivée pire que dans cet état-là, ils se demandaient même, lors de son arrivée, comment elle arrivait à mettre un sabot devant l’autre tant elle était faible. Lorsque je l’ai essayé et bien…. Elle m’a embarqué au galop sur trois tours de manège ! Je n’avais aucun contrôle, j’ai vraiment eu très peur. J’ai même voulu descendre, mais au final je suis restée car c’est pour elle que j’étais venue.

CRCV : Qu’est-ce qui vous as conforté dans le choix d’avoir elle et pas un-e autre ?

Clarisse : C’est difficile à expliquer … Je la trouvais magnifique même si on lui comptait les côtes. Je ne connaissais pas encore son passé, mais je sentais qu’elle avait souffert. C’était une sensation très spéciale. D’ailleurs, une fois pied à terre, je me suis mise à pleurer comme une madeleine … Pour tout vous dire, j’avais perdu quelques mois auparavant ma jument que j’ai vu naître. Après 14 ans de vie commune, elle m’avait quitté brutalement. C’est marrant, mais j’avais l’étrange impression que Stella allait m’aider à m’en sortir comme j’allais l’aider à aller mieux.

CRCV : Votre cheval rentre avec vous, comment se passe les premières semaines / mois de relation entre vous et elle ?

Clarisse : Les premiers mois ont été très difficiles. Je pleurais beaucoup, je n’arrivais à rien. C’est comme s’il existait un mur entre nous deux, on ne se comprenait pas. Alors je me suis remise en question, chose très difficile quand on a 17 ans d’équitation derrière soi. Et j’ai compris pourquoi nous avions tant de mal. Je me refusais de l’aimer par peur d’oublier ma jument. Stella le ressentait. Les chevaux ressentent tellement de choses et ça je ne l’ai compris qu’aujourd’hui.

CRCV : Avez-vous rencontré des problèmes particuliers (liés à son passé de cheval de course) ?

Clarisse : J’ai récupéré une jument maltraitée, heureusement tous les chevaux réformés ne l’ont pas été. J’ai donc rencontré, en effet, des problèmes : Par exemple, il m’était impossible de lui caresser le dos, derrière la selle, elle paniquait, complètement affolée. Et puis, j’ai appris plus tard que c’était l’endroit où elle recevait les coups de cravaches. Aussi, elle s’affolait du moindre bruit, elle paniquait.

CRCV : Comment avez-vous régler ces problèmes ? Comment votre relation avec elle a-t-elle évolué ?

Clarisse : Pour les résoudre, et bien j’ai commencé par faire le deuil complet de ma jument décédé, et j’ai débuté le travail à pied. Notre relation a vraiment changer à ce moment-là. Ça a été comme un réel déclic pour nous deux. J’ai commencé d’abord par de l’observation. Je passais des heures assises dans son boxe ou dans le pré à la regarder mais aussi à la caresser. Les premiers mois n’ont été que ça car elle était beaucoup trop maigre pour être montée. Ensuite, j’ai commencé à lui apprendre des petites choses : Jambette, stick to me etc. Ça nous a rapproché, et en même temps elle reprenait confiance en l’Homme. Puis de fil en aiguille, on a continué à travailler en liberté, je lui faisais faire des cercles sans longe au pas, trot, galop bien qu’au début elle ne savait pas tourner en longe. Cela m’a permis d’avoir sa confiance. J’ai d’ailleurs une anecdote que je n’oublierai jamais : Un jour, au printemps, elle m’a laissé m’asseoir à côté d’elle lorsqu’elle était couchée. Je me rappellerais de ce moment toute ma vie. C’était extraordinaire. J’ai su à ce moment-là qu’elle m’avait accordé sa confiance.

CRCV : Pour finir, quels conseils donneriez-vous à quelqu’un qui veut acheter un cheval réformé des courses ?

Clarisse : Je conseil d’écouter son cœur et de prendre son temps. Trop de gens en l’espace de deux mois vont en concours… J’ai mis cinq mois avant de monter sur son dos. Je ne suis pas un exemple loin de là, mais la patience fait des merveilles. Le travail à pieds est également très important, cela semble futile, mais ce n’est que bénéfique. Stella en est la preuve.

Un grand merci à Clarisse pour son témoignage ! Vous aimeriez participer ? Envoyez nous à message par le biais de notre Formulaire Contact 🙂

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