« Quand il a rué, au lieu de prendre peur, j’ai éclaté de rire – Une semaine après, il était chez moi »

J’ai acheté un ancien cheval de course !

Fanny souhaitait avoir un cheval jeune, gentil et polyvalent, mais comme la vie réserve souvent des surprises, elle est « tombée » sur un loulou qui ne correspondait en rien avec ce qu’elle avait imaginé. Comment a-t-elle su que ce serait lui ? Quand Jan lui a mis un bon coup de cul alors qu’elle était sur son dos !

CRCV s’est lancé dans une série d’interview avec les propriétaires des chevaux réformés des courses afin de vous faire découvrir ce que c’est, réellement, d’acheter un tel équidé.Les chevaux réformés ne sont pas des équidés comme les autres. Très tôt entraînés au galop ou au trot attelé, ils intègrent rapidement les codes de la course hippique : Courir vite et bien. Une fois réformés, ces chevaux nécessitent souvent un cavalier expérimenté. Généralement jeunes (entre 2 et 4 ans), ce sont des adolescents qu’il faut bien éduquer, parfois plus âgés (entre 5 et 10 ans), ce sont des adultes qu’il faut reconvertir à l’équitation de sport ou de loisirs. Adopter un réformé, c’est une vraie responsabilité. 

CRCV : Comment vous êtes venu l’idée d’acheter un cheval réformé des courses ? 

Depuis l’âge de quatre ans, je rêvais de posséder mon propre cheval, comme de nombreux cavaliers. Mes parents avaient toujours refusés. Le mois précédant mon douzième anniversaire, suite à une longue discussion, ma maman a finalement accepté que je possède mon propre cheval. Son compagnon a demandé à un de ses amis, marchands de chevaux (en particulier les trotteurs), de rechercher  »un cheval pas trop cher et gentil pour une jeune fille ». Jan avait été vendu par son propriétaire Hollandais à un marchand Belge et celui-ci l’a vendu à l’ami de mon beau-père, qui me l’a vendu à moi, tout ça en 15 jours de temps. En soit, que ça soit un trotteur importait peu, sa race n’était que superficielle. C’était un hasard. Et lors de l’essai, j’ai flashé sur lui. Il m’avait touchée. Sa manière d’agir m’avait bouleversée. De plus, si personne ne l’achetait, il aurait fini par se faire abattre.

 

CRCV : Pourquoi un cheval réformé et non pas un cheval « lambda » ?

Nous n’avions juste pas les moyens. Les chevaux ayant courus sont vendus pour presque rien. Enfin, ici, c’était le prix de l’abattoir.

 

 

CRCV : Aviez-vous déjà établi des critères de sélection ou avez-vous attendu d’avoir le coup de foudre ? ou les deux ?

Personnellement, je m’étais faite une idée de mon futur compagnon ; Un cheval gentil, câlin, maîtrisant les trois allures et le saut, calme en ballade. Pour la suite, je m’étais dit que ça fonctionnerait au feeling.  Il a chamboulé mes critères de recherche, ça été un véritable coup de cœur. J’ai fondu et craqué dès que je l’ai vu, même s’il ne possédait aucun des critères cités. Finalement, c’était un trotteur de 17 ans, traumatisé et démusclé.

 

CRCV : Un jour, vous l’apercevez, il/elle vous plait, vous demandez à le/la voir. Comment s’est passé cette première rencontre avec votre cheval ?

Eh bien, comme convenu, j’ai été essayer mon futur compagnon en janvier 2011 pour être précise. Après avoir été le chercher avec moi, le vendeur, sa femme, ma mère et son compagnon se sont éclipsés pour nous laisser faire connaissance. Il était mignon, mais surtout, enseveli sous une couche de saleté. Des croûtes de terre séchée, impossibles à ôter à certains endroits. Démusclé aussi. Très anxieux face à l’homme, il ne supportait pas le contact humain. Le harnachement ne fut pas des plus simples, il ne cessait de bouger. Le vendeur monte cinq minutes dessus, s’en -va cinq mètres sur la rue pour me montrer que le cheval ne bouge pas en ballade. C’est à mon tour. Un cheval assez sensible en bouche, mais au pas il est top, je me sens étrangement bien dessus. Au trot, il a conservé l’allure allongée de la course, en revanche, je me sens toujours très bien dessus. Vient le moment du galop… Je recule ma jambe. Il part en saut-de-mouton, la tête entre les jambes. Je n’étais pas une cavalière très franche à l’époque, quelque chose de bizarre s’est produit. Au lieu de prendre peur, je me suis mise à rire. C’est à ce moment-là, que j’ai su que c’était lui. J’ai répété la demande de départ au galop. Il est reparti en saut de mouton, toujours avec la tête entre les jambes. Et j’ai continué à rire. Pour être franche, je savais qu’il y avait du travail, mais loin de moi l’idée de ce qui se produirait plus tard. Je n’avais même pas essayé de sauter, il fallait le retravailler, ça faisait six mois qu’il n’avait plus rien fait. Mais j’étais déterminée. Quelque chose en lui m’avait touchée. J’étais bouleversée. Son regard et sa manière d’être m’ont chamboulée et j’ai fait l’impasse sur mes critères de base.

CRCV : Qu’est-ce qui vous as conforté dans le choix d’avoir lui et pas un autre ?

Je dirais que c’est le recul qui m’a confortée dans ma décision. Quand je repense à notre point de départ et notre point d’arrivée, il y a eu tant de chemin parcouru que j’en ai parfois le vertige. Le moindre pas en avant était une victoire, c’est ça qui est géant ; Partir de rien et parvenir à quelque chose. Et entre nous, qui possède le plus de mérite ? Le cheval bien dressé, qui exécute les figures de dressage à la perfection, dressé pour ça depuis son débourrage ? Ou le trotteur qui se reconverti totalement ?

 

CRCV : Votre cheval rentre avec vous, comment se passe les premières semaines / mois de relation entre vous et lui/ elle ?

Je parlerais plutôt en termes d’année. La première a vraiment été complexe. Jan était complètement apeuré, fuyant tout contact avec l’humain. Je le sortais du box, il m’écrasait et démarrait comme un fou dans la cour, me marchait sur les pieds. Au paddock, je mettais parfois une heure juste pour l’attraper. Je me suis même fait coincée contre les barrières et j’ai joliment pris ses postérieurs dans le ventre. Il se plaquait parfois contre lesdites barrières, se mettait à « trembler ». Au niveau du travail en selle, il partait presque toujours en saut de mouton, tête entre les antérieurs. Pour l’obstacle c’était strike sur une barre de 10cm.Les ballades c’était le pire, il ne fallait pas tenter de rester à l’arrêt, sinon il se cabrait. Lors de notre première sortie, la jument devant nous a désarçonné sa cavalière et a fait demi-tour vers les écuries, étant donné que nous en étions à cents mètres de ces dernières. Il a voulu la suivre, je m’y suis opposée et, en réponse, il s’est levé tout en en se propulsant sur ses postérieurs en fin de cabré et une fois que ses antérieurs touchaient le sol, il se cabrait à nouveau pour répéter le geste.

Quand nous allions travailler dans le champ d’en face, ça lui est arrivé de reculer jusqu’au fossé, cabrer et retourner au grand trot dans la piste en traversant la route à fond. J’ai ensuite appris ce qu’il avait subi et j’ai compris ses réactions. Je n’avais pas d’aide de moniteurs, j’étais seule avec Jan. J’ai continué le travail.  Il a commencé à me faire confiance. Doucement mais sûrement. Sur le plat, il était de mieux en mieux, il m’a même offert le trot en place et assis sur l’arrière-main, quelques galops rassemblés et ronds. En obstacle, il y mettait son cœur, même si le style n’y était pas. De 10 cm nous sommes passés à 87 cm. Je le mettais parfois dans la trajectoire, je lâchais mes rennes et il y allait tout seul. Au niveau du contact, tout a commencé à se mettre en place, comme au niveau du respect. Il a commencé à prendre goût aux caresses, ne me marchait plus sur les pieds et se laissait plus facilement attraper. Les ballades ? Il a conservé cette tendance à se cabrer quand nous partions seuls mais je me suis habituée et nous sommes mêmes partis à cru en licol.

La deuxième année était beaucoup plus paisible. De temps à autre il y avait quelques « rechutes » mais même si je ne possédais pas la technique pour faire tout ça, Jan, lui finissait toujours par comprendre que je ne lui voulais aucun mal.

Je lui ai enseigné la confiance. Il m’a enseigné l’amour.

CRCV : Quels problèmes liés à son passé de cheval de course avez-vous pu rencontrer ? 

Jan avait eu un passé très sombre. Maltraité et usé dans la course durant des nombreuses années, il avait toujours été traité comme un objet. Une fois qu’il n’a plus pu courir, il a été mis en prairie avec pour seule visite l’heure de l’eau et de la nourriture. Le plus difficile a été de lui redonner confiance en l’humain. Une fois que cet obstacle fut franchi, il a compris que le but du travail n’était pas de l’user une fois de plus. Et c’est là que le reste s’est débloqué.

CRCV : Comment avez-vous réglé ces problèmes ? Comment votre relation avec elle a-t-elle évolué ensuite ? (Détaillez le travail que vous avez fait avec lui pour arriver à construire ce que vous vouliez.)

La manipulation fréquente. Dans la douceur. Je le faisais souvent se déplacer en liberté dans la piste en tentant de le comprendre. J’étais douce avec lui, mais ferme. En selle, je redemandais les mêmes exercices avec des variantes, des transitions, des pauses, je ne me focalisais jamais sur ce qu’il ne me donnait pas, mais sur ce qu’il m’offrait. Mais je variais et lui faisait tester pas mal de chose, pour qu’il ne se sente pas pris dans une routine de travail.

 

CRCV : Pour finir, quels conseils donneriez-vous à quelqu’un qui veut acheter un cheval réformé des courses ?

Choisir un cheval qui correspond à vos attentes. Bien essayer le cheval sur les disciplines que vous désirez avant de vous lancer dans son achat définitif.

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