« Dès qu’il a eu confiance et qu’il s’est attaché à nous, il s’est attendri »

J’ai acheté un cheval réformé des courses !

Sarah n’avait pas monté depuis 11 ans lorsqu’elle tombe un jour sur l’annonce d’un entier qui était à l’époque dans un très mauvais état. Adorant les entiers, et voulant, depuis quelques temps, reprendre un cheval, Sarah ne se fit pas prier pour aller chercher son futur compagnon. 

CRCV s’est lancé dans une série d’interview avec leur propriétaire afin de vous faire découvrir ce que c’est, réellement, d’acheter un cheval réformé des courses.Les chevaux réformés ne sont pas des équidés comme les autres. Très tôt entraînés au galop ou au trot, ils intègrent rapidement les codes de la course hippique : Courir vite et bien. S’ils sont réformés de manière précoce,  ils nécessitent souvent un cavalier expérimenté. Généralement jeunes (entre 2 et 4 ans), ce sont des adolescents qu’il faut bien éduquer, parfois plus âgés (entre 5 et 10 ans), ce sont des adultes qu’il faut reconvertir à l’équitation de sport ou de loisirs. Adopter un réformé, c’est une vraie responsabilité. 

CRCV : Comment vous êtes venu l’idée d’acheter un cheval réformé des courses ?

Je connaissais les réformés car j’ai travaillé pour des commerçants qui les récupérait pour les revendre. Aussi j’avais déjà eu plusieurs réformés entre les mains.

CRCV : Pourquoi un cheval réformé et non pas un cheval « lambda » ?

J’ai partagé des annonces de chevaux à sauver pendant un bon moment et puis un jour j’ai eu un coup de cœur sur un trotteur nommé Disco (écurie SQP). J’ai pris contact avec l’écurie, mais le temps que je me décide à franchir le pas, il avait été vendu. C’était difficile pour moi de franchir ce cap parce que cela faisait maintenant 13 ans que j’essayais de racheter le poney de mon enfance vendu par mes parents à mes 18 ans. Et puis j’ai vu l’annonce d’ Inukshuk. Il est entier (j’adore les entiers) et je sais par expérience que les gens ont beaucoup de réticences à adopter un tel cheval. Je le trouvais mignon comme tout. J’ai montré l’annonce à mon mari plus pour discuter qu’autre chose et il m’a dit – à ma grande surprise  : « on va le chercher dimanche ».

 CRCV : Aviez-vous déjà établi des critères de sélection ou avez-vous attendu d’avoir le coup de foudre ? ou les deux ?

Je n’avais pas du tout envisagé d’acheter un cheval, je n’avais pas d’écurie où le mettre (j’avais arrêté l’équitation depuis 11 ans), je n’avais pas de budget, pas de critères de recherche. Je rêvais juste à l’idée de tisser à nouveau une relation avec un cheval qui avait une histoire particulière. Mais quand mon mari m’a dit « on y va ». C’est devenu immédiatement concret et plus je regardais l’annonce plus je sentais que je pourrais faire de cette petite boule de poil le compagnon de mes jours futurs.

CRCV : Comment avez-vous trouvé votre future monture ?

J’ai vu une annonce sur Facebook. J’ai parcouru plusieurs centaines de kilomètres pour faire sa connaissance.

CRCV : Un jour, vous l’apercevez, il/elle vous plaît, vous demandez à le/la voir. Comment s’est passé cette première rencontre avec votre cheval ?

Il n’était pas très beau (voir photo ci-dessous), dé-musclé, maigrichon et il avait une galle de boue de folie ! En 20 ans d’équitation je n’avais jamais vu ça ! On a mis presque 4 mois à s’en débarrasser avec le vétérinaire !

Photo à droite →

CRCV : Qu’est-ce qui vous as conforté dans le choix d’avoir ce cheval et pas un autre ?

C’est son petit œil vif et malicieux m’a conquise et malgré la galle de boue, sa raideur, ses maux de dos etc, j’ai décidé de le récupérer. Plusieurs personnes l’avaient vu et y avait renoncé parce qu’il est entier. Je me suis lancée et n’ai pas été déçue !

CRCV : Votre cheval rentre avec vous, comment se passe les premières semaines / mois de relation entre vous et lui ?

Une fois Inukshuk aux écuries (il est arrivé de Caen et j’étais située dans l’Essonne), il était inquiet. Lorsque les filles de l’écurie le sortaient il leur prenait la main et galopait dans toute l’écurie… et c’était la croix pour le rattraper ! La première semaine il se demandait un peu ce qui lui arrivait et où il était. En bon entier, il chantait et faisait savoir à tous qu’il était là. Mais très vite (au bout de deux ou trois jours seulement) il me reconnaissait quand j’arrivais à l’écurie !

En parallèle, il avait également vu le vétérinaire pour sa galle de boue qui montait jusqu’aux jarrets aux postérieurs et lui faisait gonfler les membres. Il a vu un maréchal car il avait les fourchettes pourries, il engorgeait aux postérieurs et il avait un défaut d’aplombs. Il a aussi vu un ostéopathe et un kinésithérapeute, car il avait une raideur très prononcée à main gauche. Pour l’aidé, il a été massé et enveloppé à l’argile verte.

CRCV : Avez-vous rencontré des problèmes liés à son passé de cheval de course ? Si oui, lesquels ?

Il avait la hantise qu’on lui touche l’oreille droite, mais à force de mise en confiance et de travail, on peut désormais les lui papouiller sans soucis. Il avait aussi tendance à latter (surtout pendant les soins), mais c’est passé. De même il n’aimait pas trop les hommes (mon mari s’est fait jeter contre un mur et piétiner), mais avec des carottes on peut tout changer !

En fait dès qu’il a eu confiance et qu’il s’est attaché à nous, nous n’avons plus eu de comportements désagréables. Et lorsque nous l’avons ramené à la maison, il a complètement changé : son côté gros nounours et protecteur est ressorti. Il est devenu patachon et joueur avec les animaux de la famille qu’il protège. C’est maintenant un cheval qui se promène en liberté sur notre terrasse pendant qu’on prend le petit déjeuner et qui vient voir ce que l’on fait lorsque l’on bricole (il sent la ponceuse et attrape les outils pour jouer). Bref il n’a maintenant plus aucune séquelle de son passé, même en extérieur.

CRCV : Comment avez-vous réglé ces problèmes ? Comment votre relation avec lui a-t-elle évolué ensuite ? 

La mise au travail a été plutôt simple du fait que je savais comment m’y prendre. Et mes aptitudes sont vite revenues (11 ans d’arrêt de l’équitation ça change un peu la donne quand même). Je suis douce, patiente et ferme donc il n’y a pas eu de débordement et ça a tout de suite posé le cadre. Comme je ne suis pas grande, qu’il était très taquin avec les petits gabarits, j’ai privilégié une remise au travail monté. Le fait de poser quelques petites règles à cheval et de lui montrer que je n’étais en rien violente a très vite développé sa confiance en moi (en quelques semaines) et l’a rendu plus serein et moins taquin à pied.

Aujourd’hui, il dresse comme un pro. En 6 mois de travail il a appris à se placer aux trois allures et pendant les transitions, il maîtrise au pas et au trot, les cessions à la jambe, les épaules en dedans et l’appuyer, il s’arrête au carré du trot, recule et change de pied (photo 2 et 2 bis). Un vrai petit miracle ! A l’obstacle au bout d’un an il enchaînait 90 cm (en pouvant faire plus sans soucis).

Au quotidien, c’est un cheval tendre et protecteur. Si je vais dans son pré, il vient brouter près de moi et me fait des bisous dans le cou. Avec l’arrivée de mon fils, nous avons décidé de lui donner un peu de temps pour finir sa croissance et l’avons ramené chez nous. Il s’est révélé espiègle, curieux ! Il reste à la porte de la cuisine lorsque je prépare les repas et il n’hésite pas à « frapper » à la fenêtre avec son nez lorsque je ne sors pas assez vite à son goût. Bref, vous l’aurez compris c’est un cheval adorable.

 

CRCV : Pour finir, quels conseils donneriez-vous à quelqu’un qui veut acheter un cheval réformé des courses ?

Malgré ce que beaucoup pensent des réformés (« ils ont un pet au casque », « ils sont peureux » etc), mon Inukshuk est un cheval agréable sous la selle, volontaire et avec un caractère en or. Alors c’est sûr ce n’est pas avec lui que je sortirais en 140 ! Par contre c’est un formidable cheval au quotidien (plein d’amour et de tendresse) qui pourrait sortir en concours sans difficultés (aussi parce qu’il n’a peur de rien) et petit plus il est adorable avec ses congénères, les chiens, les chats, les poules et les enfants. Que demander de plus ? Mais les conseils que je donnerais sont les suivants :

Prendre son temps. Il ne faut pas se presser ! Laissez au cheval le temps de s’adapter à sa nouvelle vie et de s’offrir à vous. Ne brûlez pas les étapes, ne travaillez pas en pensant que votre cheval veut faire la course, qu’il est un trotteur et qu’il ne galopera jamais. Laissez-vous le temps et soyez confiants. A force de patience, de douceur et de persévérance, on arrive à presque tout.

Ne pas se lancer dans cette aventure sans expérience ou sans être encadré. Le but n’est pas de remettre ces chevaux dans le circuit une fois sauvé. Par ailleurs, il ne faut pas prendre à la légère leurs besoins, aussi bien au niveau du travail, que au niveau de l’affectif car ce sont avant des animaux qui se donnent bien plus que leurs congénères.

N’ayez pas d’a priori. Ce n’est pas parce que ce sont des trotteurs ou des purs sangs que ces chevaux n’ont pas les capacités de faire autre chose que de la course. Même si les pur-sangs ont la réputation d’avoir un geste lent sur les barres, ils sont nombreux à se classer en concours et à sauter parfaitement ! Idem pour les trotteurs, on dit souvent qu’ils ne seront plus capables de galoper, c’est faux !

Lancez-vous ! Vous ne le regretterez pas !

 

Un grand merci à Sarah pour son témoignage ! Vous aimeriez participer ? Envoyez nous à message par le biais de notre Formulaire Contact

Related posts

%d blogueurs aiment cette page :